Tableau récapitulatif et sémantique (1) voir le tableau dans la colonne de droite.
Le référent « Travail », appartenant à la réalité conçue comme telle par l’esprit de l’homme, présente des sens différents[1]. Ces derniers évoluent relativement au contexte et nous avons placé dans la colonne de gauche du tableau ci-dessous les différents protagonistes et enjeux idéologiques ou autres qui ont fait varier tout à tour la conception du groupe « Travail » en 1942. Ces nuances sémantiques peuvent éventuellement mener à l’apparition de nouveaux lexèmes au sein du discours dans la presse. Ceux que nous trouvons sont liés entre eux puisqu’ils ont la même origine (le référent « Travail »). Cette méthode permet de mieux comprendre l’évolution du discours. On peut citer l’exemple de Wagner qui, intervenant deux fois (voir les mentions Wagner 1 et Wagner 2 du tableau), contribue de ce fait à nuancer le sens du référent initial en passant de « Freiwillige » à « SA-Gruppe Oberrhein ». Dans le tableau, nous avons choisis les sens « volontaire »/ « obligatoire », « civil »/ « militaire », « valorisé »/ « dévalorisé » qui concernent tour à tour les lexèmes ou syntagmes en rapport avec le volontariat. Dire qu’à certains moments le référent a un sens « valorisé » revient à dire que le concept de travail, accepté par tous, peut être suivi d’une mise en pratique induisant également l’apparition de lexèmes spécifiques au sein de la presse et c’est assez peu fréquent car les journaux ont bien sûr passé sous silence les problèmes et les conflits entre les dirigeants. Nous nous sommes efforcés d’analyser les nouveaux référents en rapport avec les sens « volontaire »/ »obligatoire » etc… initialement prévus pour le premier référent : « Travail ». Il apparaît que les lexèmes qui y correspondent sont à concevoir dans cette triple alternance de variation sémique. Par exemple, le service militaire est « obligatoire », « militaire » (mais concerne aussi le recrutement de « civils ») et, initialement « dévalorisé », il va finir par se « valoriser » quand il sera institué.
C’est donc par la suite – comme nous l’avons déjà vu, que l’urgence des besoins en hommes pousse les autorités à envisager plus sérieusement la contribution des Alsaciens. Aussi, les campagnes de recrutement de volontaires prennent plus d’ampleur. Leurs résultats, insatisfaisants, poussent les Allemands à envisager le service militaire obligatoire ou une incorporation forcée pour recruter un maximum de classes d’âge. Volonté qui se heurte à la nature indéfinie de la nationalité des Alsaciens à l’époque. D’ailleurs, dans la colonne de droite, se trouvent répertoriés les référents qui sont aussi sollicités dans la chaîne de pensée nazie. La citation qui suit montre qu’en 1942 lorsqu’on veut faire travailler ou collaborer « Mitarbeit » les Alsaciens et que les évènements se précipitent « Kriegsereignisse », on songe dès lors à l’introduction du « Wehrpflicht » et à l’octroi de la nationalité allemande « Staatsangehörigkeit » -les deux étant liées, pour parvenir à exploiter davantage les habitants.
Wir müssen unser Heimatrecht im Großdeutschen Reiche durch unsere tätige Mitarbeit erkämpfen. Im einzelnen behandelte der Kreisleiter noch die jüngsten Kriegsereignisse, die Einführung der Wehrpflicht im Elsaß, die Verleihung der deutschen Staatsangehörigkeit und die Aktivierung des Opferrings (06/09/42, SNN, p.7, Heimatrecht durch Mitarbeit erkämpfen)
Le tableau permet une rapide visualisation des variations sémantiques de quelques lexèmes de propagande, « des connexions »[2] (relations de dépendance symbolisées par des flèches) entre les éléments et, la compréhension que le problème de la « nationalité » est désormais essentiel. On suppose que tant qu’aucune solution ne lui sera trouvée, aucune issue ne sera possible pour faire progresser l’incorporation des Alsaciens. Nous présupposons dès lors que bien d’autres problèmes vont être soulevés et bien d’autres étapes franchies avant que le service militaire lui-même ne devienne un jour obligatoire.
[1] Georges Kleiber, Problèmes de sémantique, p. 24 et 25.
[2] G. Siouffi et D. Van Raemdonck, 1OO fiches pour comprendre la linguistique, chapitre sur Tesnière, p. 200 à 201.


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