Refus de recruter des volontaires et solutions trouvées
Tout le monde ne va pas opter pour le « recrutement » de volontaires. Cependant nous ne verrons aucune contradiction à cet appel de volontaires à travers la presse même si en réalité il est confronté à des difficultés. Le gouverneur de l’Alsace est convoqué le 25 septembre 1940 à Berlin et on lui donne carte blanche pour réussir la germanisation[1] de l’Alsace en dix ans. L’OKW (Oberkommando der Wehrmacht) le désapprouve plutôt[2]. L’Etat Major allemand a gardé un mauvais souvenir des Alsaciens et ne se fie pas à leur loyauté dont il a eu à douter pendant la Première Guerre Mondiale. Même si cet avis s’oppose à celui de Wagner (le Gauleiter), il reste en accord avec les objectifs nazis qu’il compte mener à bien, fort de son expérience personnelle. A cette époque, le contexte est tel que la présence alsacienne dans les rangs allemands n’est pas indispensable. Puisque l’OKW n’en voit pas la nécessité pour l’instant, cette possibilité ne l’intéresse pas. Il refuse de donner au concept de « volontariat » une existence en Alsace. L’Etat Major fait alors passer une circulaire interdisant les engagements de volontaires dans la Wehrmacht en Alsace le 30 janvier 1941. Cette objection au recrutement de volontaires de la part de l’armée rend difficilement envisageable la mise en place d’un service militaire en Alsace dont rêve Wagner. Toutefois, le Gauleiter, désireux de poursuivre coûte que coûte la militarisation de la jeunesse allemande[3], va contourner l’objection de l’OKW. Si une incorporation dans la Wehrmacht n’est pas possible, il va la tenter dans une autre branche armée. C’est ainsi qu’il accepte la proposition de la SA (Sturm Abteilung[4]) de former une SA-Gruppe Oberrhein[5] (fin 1941). Nous n’avons pas trouvé ces lexèmes dans la presse mais ils sont présents dans le discours nazi alsacien de corpus d’autres natures. Mais son projet d’incorporer la jeunesse dans les SA-Wehrmannschaften[6] tombe finalement à l’eau. Ses supérieurs lui rétorquent qu’une obligation de service dans la SA requiert la possession de la « nationalité » allemande : Ohne Reichsangehörigkeit bestand keine Wehrpflicht [7] et que l’engagement d’un individu dans cette branche armée ne peut être que la conséquence d’un choix personnel[8]. Pas question d’incorporer massivement des jeunes dans ce corps spécialisé si ce choix ne vient pas d’eux et s’ils ne sont pas Allemands. Seule la possession « Staatsangehörigkeit » justifierait une incorporation de masse.
Pour résumer les premières étapes historiques qui ont fait évoluer le concept de « Travail », nous avons décidé de les faire apparaître dans un tableau au sein duquel nous mentionnerons entre autres choses des lexèmes propres au discours étudié et tout le contenu sémantique de ceux qui n’ont pas abouti.
[1] Rigoulot Pierre, l’Alsace-Lorraine pendant la guerre 1939-1945, p. 32.
[2] Saisons d’Alsace, 1942 l’Incorporation de force, p. 22. L’OKW est l’Etat Major de l’armée allemande. Pendant la Première Guerre Mondiale, il a pu constater la réticence de nombreux Alsaciens à combattre sous les drapeaux allemands. Ces derniers ont souvent déserté ou refusaient d’obéir aux ordres. L’éventualité d’incorporer les Alsaciens dans l’armée allemande pendant la Seconde Guerre Mondiale ne plaît donc pas à l’OKW au début.
[3] Saisons d’Alsace, 1942 l’Incorporation de force, p. 30.
[4] Section d’assaut (branche militaire nazie)
[5] un groupe des sections d’assaut du Haut-Rhin
[6] Unité de défense intérieure contrôlée par les SA mais n’en faisant pas partie.
[7] Saisons d’Alsace, 1942 l’Incorporation de force, p. 33.
[8] Saisons d’Alsace, 1942 l’Incorporation de force, p. 30.


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