Chaîne lexicale complète
Finalement, le problème de la « nationalité » ne peut donc pas être contourné aussi facilement. Voici les dernières évolutions présentées dans un schéma en chaîne partant du volontariat avec « Freiwillige » à l’épuration avec « rein »[1]. Fait qui souligne que l’évolution des lexèmes appartenant au discours nazi dépend de leur interdépendance et réciprocité, formant quant à elles des « chaînes lexicales ». Ce système de structure pourrait s’apparenter à une syntaxe à la manière de Tesnière qui schématise à l’aide d’une figure d’arbre nommée « stemma », les relations de « connexion » entre les éléments d’une phrase dont elle s’attache à décrire la structure cachée. Ainsi le verbe occupe la première position suivi par les actants (sujets, compléments) et circonstants, tous deux considérés de même valeur. Le but de cette représentation est de mettre en évidence, par ordre d’importance sémantique, les divers éléments d’une phrase. En lexicométrie, on retrouve le même genre de présentation nommée « lexicogramme ». Il s’agit des co-occurents[2] (dont la fréquence est significative) d’une forme-pôle que l’on a ordonnés hiérarchiquement par rapport à un sommet[3]. On se fie à la fréquence des lexèmes pour déterminer quels sont les plus représentatifs au sein du discours. Pour appliquer cette méthode, il faut un corpus très important de façon à obtenir des lexicogrammes fiables et complets. Les analogies entre la structure que nous allons bientôt présenter et les deux précédentes (le stemma et le lexicogramme) tiennent au fait qu’il existe une hiérarchie entre les éléments décrits et, que ces derniers sont censés faire ressortir une structure invisible de prime abord. Par rapport à Tesnière, c’est non seulement la nature du corpus qui diffère puisqu’on passe de la phrase au discours mais aussi celle des éléments analysés car il s’agit désormais de comparer des lexèmes de même valeur grammaticale (que des noms communs). A la différence du modèle lexicométrique, c’est la méthode pour trouver les lexèmes qui est modifiée. Nous n’allons ni les choisir ni les classer en fonction de leur fréquence ou de leur proximité physique avec une forme-pôle. Au lieu de cela, nous avons tenu compte des évolutions du contexte « historique » et « politique » pour repérer les nouvelles idées, mesures et décisions ayant impliqué un choix de mots spécifiques en rapport direct ou non avec la notion de « Travail ». Ensuite, nous avons montré comment les évènements et les décisions, liés les uns aux autres, engendrent des lexèmes qui le sont également. Nous avons donc établi une hiérarchie des évènements, plus ou moins essentiels, en rapport avec le thème étudié pour ensuite ne montrer que l’organisation des lexèmes qui en est le reflet.
En s’inspirant de Tesnière, nous pouvons considérer un terme comme le « nœud des nœuds » c’est-à-dire celui dont dépendent tous les autres. Ici, c’est le Service Militaire Obligatoire (Wehrpflicht) qui joue ce rôle et dont la mise en place est la finalité de la démarche de Wagner[4]. Autrement dit, la forme de travail que Wagner souhaite mettre en place en Alsace et qui prouverait la parfaite intégration de cette région au Reich est le service militaire. Mais avant d’en arriver là, il faut se contenter du travail volontaire « Freiwillige » militarisé dans un premier temps, puis à l’appel au volontariat dans l’armée. Suite à des déboires militaires, le discours évolue vers des expressions censées motiver davantage les civils au volontariat « Väter / Söhne…würdig ». L’échec des campagnes de recrutements pousse les dirigeants à envisager l’éventualité d’un Wehrpflicht. Ceci va nécessiter la mise en place de ce dernier : « Einführung », et une incorporation « Gestellung-« . Incorporer implique également recenser « wehrpflichtig- Männer » la population mais aussi, poser le problème de la « Staatsangehörigkeit ». On en revient toujours au même point mais il est impossible d’intégrer des étrangers dans l’armée allemande, rappelons-le. De là, intervient l’option de la « Wehrwürdigkeit » : dignité au port d’armes. Il y a une relation de « jonction » entre la nationalité (Staatsangehörigkeit) et la Wehrwürdigkeit c’est-à-dire une équivalence fonctionnelle que symbolise la flèche à double sens[5]. Mais cette notion n’arrivera pas finalement à contourner le problème de la nationalité car elle complexifie la situation et ne permet pas de recruter assez de gens à l’heure où les besoins en hommes poussent les autorités allemandes à songer à une incorporation forcée des Alsaciens. L’éventualité d’un Service Militaire Obligatoire va poser d’autres problèmes comme celui de l’épuration de la population alsacienne et de la nature des classes mobilisables. Nous évoquerons brièvement ces aspects dans le schéma en mentionnant des lexèmes dont les citations n’apparaîtront que dans les parties suivantes où les notions en rapport seront plus détaillées.
La chaîne fait une boucle fait qui permettrait dès lors d’envisager l’incorporation puis l’introduction du service militaire. Tous les éléments de la chaîne sont liés les uns aux autres. Les notions nazies sont interdépendantes comme nous l’avons déjà évoqué auparavant. L’interdépendance particulière des lexèmes nazis vient du fait qu’un univers étriqué où l’intolérance règne, est difficilement superposable à un espace plus humain. En effet, si l’on tente d’appliquer un principe nazi dans un système sain, il apparaît que son caractère sélectif et réducteur va soulever une chaîne de cas d’incompatibilités. Chaque idée soulève un problème et c’est une cascade de restrictions, les unes appelant les autres, qui se déclenche. Chaque lexème en appelle un autre le long d’une chaîne sémantique que la moindre variation contextuelle va ébranler. Si tel est le cas, tout va devoir être réajusté à la norme sélective nazie pour que chaque pièce de ce nouveau puzzle puisse épouser sa voisine. Pour régler l’impossible mise en place d’un « Wehrpflicht » ou même d’une « Gestellungsbefehl », il faut rendre les lexèmes concernant la « Staatsangehörigkeit » et l’« épuration » opérationnels c’est-à-dire réels au sein du discours nazi alsacien et dans la vie quotidienne. Ce sera ainsi la preuve que les problèmes ont été résolus. Pour l’instant, nous allons récapituler, l’évolution du discours en la représentant avec un schéma de chaîne en boucle. Les dates de parution des lexèmes répertoriés permettent au lecteur de procéder à une comparaison approximative avec l’évolution historique que nous avons déjà présentée.
[1] dignité au port d’armes
[2] co-occurrence : présence simultanée, mais non forcément contigüe, dans un fragment de texte (séquence, phrase, paragraphe, voisinage d’une occurrence, partie du corpus etc.) des occurrences de deux formes données.
[3] Dominique Maingenau, L’analyse du discours, p. 56 à 60.
[4] Plus généralement, si on se réfère aux tableaux précédents et suivants, il existe deux « nœuds des nœuds » au sein du discours analysé. Le second est le service du travail obligatoire (Reichsarbeitdienst).
[5] G. Siouffi et D. Van Raemdonck, 1OO fiches pour comprendre la linguistique, chapitre sur Tesnière, p. 200 à 201.
En s’inspirant de Tesnière, nous pouvons considérer un terme comme le « nœud des nœuds » c’est-à-dire celui dont dépendent tous les autres. Ici, c’est le Service Militaire Obligatoire (Wehrpflicht) qui joue ce rôle et dont la mise en place est la finalité de la démarche de Wagner[4]. Autrement dit, la forme de travail que Wagner souhaite mettre en place en Alsace et qui prouverait la parfaite intégration de cette région au Reich est le service militaire. Mais avant d’en arriver là, il faut se contenter du travail volontaire « Freiwillige » militarisé dans un premier temps, puis à l’appel au volontariat dans l’armée. Suite à des déboires militaires, le discours évolue vers des expressions censées motiver davantage les civils au volontariat « Väter / Söhne…würdig ». L’échec des campagnes de recrutements pousse les dirigeants à envisager l’éventualité d’un Wehrpflicht. Ceci va nécessiter la mise en place de ce dernier : « Einführung », et une incorporation « Gestellung-« . Incorporer implique également recenser « wehrpflichtig- Männer » la population mais aussi, poser le problème de la « Staatsangehörigkeit ». On en revient toujours au même point mais il est impossible d’intégrer des étrangers dans l’armée allemande, rappelons-le. De là, intervient l’option de la « Wehrwürdigkeit » : dignité au port d’armes. Il y a une relation de « jonction » entre la nationalité (Staatsangehörigkeit) et la Wehrwürdigkeit c’est-à-dire une équivalence fonctionnelle que symbolise la flèche à double sens[5]. Mais cette notion n’arrivera pas finalement à contourner le problème de la nationalité car elle complexifie la situation et ne permet pas de recruter assez de gens à l’heure où les besoins en hommes poussent les autorités allemandes à songer à une incorporation forcée des Alsaciens. L’éventualité d’un Service Militaire Obligatoire va poser d’autres problèmes comme celui de l’épuration de la population alsacienne et de la nature des classes mobilisables. Nous évoquerons brièvement ces aspects dans le schéma en mentionnant des lexèmes dont les citations n’apparaîtront que dans les parties suivantes où les notions en rapport seront plus détaillées.
La chaîne fait une boucle fait qui permettrait dès lors d’envisager l’incorporation puis l’introduction du service militaire. Tous les éléments de la chaîne sont liés les uns aux autres. Les notions nazies sont interdépendantes comme nous l’avons déjà évoqué auparavant. L’interdépendance particulière des lexèmes nazis vient du fait qu’un univers étriqué où l’intolérance règne, est difficilement superposable à un espace plus humain. En effet, si l’on tente d’appliquer un principe nazi dans un système sain, il apparaît que son caractère sélectif et réducteur va soulever une chaîne de cas d’incompatibilités. Chaque idée soulève un problème et c’est une cascade de restrictions, les unes appelant les autres, qui se déclenche. Chaque lexème en appelle un autre le long d’une chaîne sémantique que la moindre variation contextuelle va ébranler. Si tel est le cas, tout va devoir être réajusté à la norme sélective nazie pour que chaque pièce de ce nouveau puzzle puisse épouser sa voisine. Pour régler l’impossible mise en place d’un « Wehrpflicht » ou même d’une « Gestellungsbefehl », il faut rendre les lexèmes concernant la « Staatsangehörigkeit » et l’« épuration » opérationnels c’est-à-dire réels au sein du discours nazi alsacien et dans la vie quotidienne. Ce sera ainsi la preuve que les problèmes ont été résolus. Pour l’instant, nous allons récapituler, l’évolution du discours en la représentant avec un schéma de chaîne en boucle. Les dates de parution des lexèmes répertoriés permettent au lecteur de procéder à une comparaison approximative avec l’évolution historique que nous avons déjà présentée.
[1] dignité au port d’armes
[2] co-occurrence : présence simultanée, mais non forcément contigüe, dans un fragment de texte (séquence, phrase, paragraphe, voisinage d’une occurrence, partie du corpus etc.) des occurrences de deux formes données.
[3] Dominique Maingenau, L’analyse du discours, p. 56 à 60.
[4] Plus généralement, si on se réfère aux tableaux précédents et suivants, il existe deux « nœuds des nœuds » au sein du discours analysé. Le second est le service du travail obligatoire (Reichsarbeitdienst).
[5] G. Siouffi et D. Van Raemdonck, 1OO fiches pour comprendre la linguistique, chapitre sur Tesnière, p. 200 à 201.


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